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ACTIVITES : PETITION CLÔTUREE


CLÔTUREE

Chasse à la baleine en ISLANDE

Les tentatives de l'Islande pour justifier son programme de chasse à la baleine.

L'Islande a repris son programme de chasse à la baleine sous l'opprobre quasi générale, soutenue uniquement par les autres pays chasseurs de baleines, le Japon en tête.

Un premier impact de ces réactions internationales négatives a été une diminution (temporaire ?) des objectifs de chasse : 38 Petits rorquals ont été attribués à la chasse automnale, en septembre. Sur ces 38 animaux, seuls 36 ont été effectivement tués. Au niveau local, en Islande même, les réactions négatives fleurissent avec, en tête, l'industrie touristique qui voit ainsi d'un mauvais œil le développement d'une activité qui ne peut que porter ombrage au pays.

Nous avons transmis nos 2827 lettres-pétitions à l'Ambassade d'Islande en Belgique et nous venons de recevoir sa réponse. Nous vous la présentons ci-dessous, accompagnée de nos réactions critiques. Ces réactions sont inspirées notamment de celles de la W.D.C.S. britannique (1).

Sachant que ceci n'est qu'un premier pas dans le développement vers une chasse commerciale déclarée, nous souhaitons maintenir la pression. D'autres actions sont en préparation et vous seront communiquées en temps utiles. Si vous souhaitez agir immédiatement, une lettre reprenant le texte de la pétition est présentée en fin de cette revue.

Nous remercions encore vivement tous les participants à la pétition. Grâce à eux, grâce à vous, unis à d'autres associations européennes, nous pourrons faire changer les choses.


Jean MOÏS                  
Président de La Baleine libre a.s.b.l.

(1) WDCS Brookfield House, 38 St Paul Street / Chippenham - Wiltshire / UK - SN15 1LY


CLÔTUREE Réponse à la lettre du Gouvernement Islandais
Voici donc la réponse officielle fournie par l'Ambassade d'Islande en Belgique en date du 24/10/ 2003.
Pour une question de lisibilité, nos remarques sont en rouge.

COMMUNIQUE

L'Ambassade d'Islande accuse réception de votre courrier relatif à la chasse à la baleine en Islande et vous remercie de votre intérêt. A cette occasion elle se permet de rappeler que l'Islande vit dans le souci quotidien de la protection de la nature et de la conservation des espèces. Dans ce sens elle vous prie de trouver ci-joint un communiqué des autorités islandaises.

Le programme scientifique baleinier de l'Islande ne touche pas les espèces de baleines menacées d'extinction, autrefois chassées massivement par les grandes nations baleinières.

Le plan global islandais pour la chasse scientifique à la baleine - présenté comme tel à la C.B.I (2). (acronyme anglais I.W.C.) en mai 2003 - inclut non seulement des Petits rorquals mais également des Rorquals communs et des Rorquals boréaux (ou de Sei).  Ces deux dernières espèces sont reconnues en voie de disparition. De surcroît, le Petit rorqual - chassé en ce mois de septembre 2003 - est classé comme étant à " faible risque / presque en voie de disparition ". Pour la CITES (3), il est classé au niveau d'espèce menacée d'extinction.

Pendant la première partie de ce programme, qui s'est achevée le 1 octobre dernier, l'Islande a chassé 36 baleines de Minke. Les éléments recueillis font actuellement l'objet de recherches scientifiques et sont conformes à la politique islandaise pour une utilisation durable des ressources marines, et ne touche pas les espèces en danger. Le nombre de baleines chassées est si modeste qu'il n'a aucun impact sur les stocks de rorquals dans les eaux islandaises. D'après les études scientifiques présentées au Comité Scientifique de la Commission Baleinière Internationale, il y a d'importants stocks de certaines espèces, alors que d'autres espèces continuent d'être menacées. On estime qu'il y a plus de 67.000 rorquals, 24.000 rorquals communs et 10.000 rorquals boréals dans le milieu de l'Atlantique nord.

Les autorités islandaises sont pleinement conscientes de la nécessité de préserver scrupuleusement les ressources marines. L'économie du pays en dépend pour plus des deux tiers de ses exportations. Un déséquilibre écologique dans les eaux islandaises, provoqué par la surexploitation ou par d'autres moyens, auraient des conséquences catastrophiques pour la survie de l'Islande.

L'Islande était l'un des premiers pays à avoir porté sa zone de pêche à 200 milles nautiques en 1975, afin d'empêcher la pêche non contrôlée autour de l'Islande par les chalutiers provenant d'autres pays européens et mettant en péril les stocks. Depuis lors l'Islande a pris toutes les mesures pour assurer une pêche équilibrée et durable dans les eaux islandaises en appliquant un système de quotas rigoureux pour plusieurs espèces de poissons comme le cabillaud, le hareng et le capelan.

Seul l'avenir nous dira si cette façon d'agir islandaise est aussi raisonnable et digne de la mention " gestion durable " qu'il ne le semble. Si le choix est mauvais, ce sont les pratiques de pêche qui devront changer … s'il n'est pas trop tard pour certains stocks. L'Islande est actuellement la seule nation au monde à associer activités halieutiques et nécessité d'exterminer les baleines. C'est en cela que réside la question principale.

L'Islande s'enorgueillit d'avoir été pionnière dans la lutte contre la surpêche, elle a d'ailleurs été suivie en cela par de nombreux pays. Les quotas sont fixés selon les recommandations des scientifiques, qui observent régulièrement l'évolution de tous les stocks. Les baleines faisant partie intégrante de l'écosystème marin, une étude approfondie doit évidemment en tenir compte.

La consommation annuelle de poisson par les baleines dans les eaux islandaises, de krill et d'autres biomasses, est estimée à quelque 6 millions de tonnes métriques, dépassant allègrement le chiffre des prises islandaises s'élevant à 1.5 à 2 millions de tonnes métriques. ceci n'est qu'un exemple de l'impact des baleines sur l'écosystème marin.

Il serait illusoire d'imaginer qu'il existe une relation simple et directe entre la quantité de nourriture ingérée par les prédateurs (= les baleines) et les pertes affectant la pêche. Croire ceci ne peut que nous induire en erreur.

Les chiffres présentés ici sont également fallacieux. Les six millions de tonnes de poissons ingérées le sont par tous les cétacés, baleines et dauphins compris. Selon le projet initial de l'Islande, les petits rorquals consomment à eux seuls 2 millions de tonnes et 3 % de cette masse, soit 60.000 tonnes, est constituée de morues. C'est à ce moment qu'il est utile de constater que la flotte de pêche islandaise capture annuellement de 200.000 à 300.000 tonnes de ce poisson !

Plus important, il faut savoir que, scientifiquement, il n'existe pas la moindre preuve pour étayer l'hypothèse selon laquelle la suppression des grands prédateurs serait bénéfique à la pêche. Les écosystèmes marins où se déroulent ces phénomènes sont extrêmement complexes : il est tout aussi envisageable que la suppression d'une des espèces de ce milieu (quelle que soit celle-ci d'ailleurs) ait des effets négatifs sur la ressource halieutique.
La motivation réelle de l'élimination des baleines est l'appât du gain que de nombreuses nations tentent de camoufler derrière d'aussi complexes problèmes. La dépouille d'un petit rorqual représente à elle seule plusieurs milliers de dollars.

Il est donc totalement illusoire, et cela encore pour de très nombreuses années, de vouloir démontrer que l'élimination d'une espèce du milieu marin serait bénéfique pour la pêche. Nul ne peut actuellement prétendre le contraire.

Il serait irresponsable d'ignorer cet élément très important. D'un côté on a fait remarquer que les nombreux petits rorquals (ou baleines de Minke) menacent la reconstitution de plusieurs espèces, par exemple du cabillaud, dont ils font une énorme consommation. De l'autre, il semblerait que les espèces de baleines plus nombreuses, comme la baleine de Minke, le rorqual commun ou le rorqual boréal seraient en train d'occuper la place écologique que certaines espèces de baleines menacées occupaient auparavant, de sorte qu'elles ont plus de mal à se reconstituer. Une étude à ce sujet est prévue.

A nouveau, nous sommes face à des assertions gratuites qui relèvent, tout au plus, de la pseudo-science. La " souche originelle " a évolué au cours des millions d'années écoulées, tout comme les autres organismes, en de multiples espèces différentes qui se caractérisent entre autres par des niches écologique et des alimentations tout aussi différentes. Il est faux de considérer que deux animaux qui vivent dans les mêmes eaux sont automatiquement en compétition, c'est même loin d'être ainsi.

Après une étude sur un cas similaire dans l'hémisphère sud, le Comité Scientifique de la C.B.I. a conclu à l'absence de preuves selon lesquelles d'importantes populations de petits rorquals constitueraient une quelconque menace pour d'autres espèces menacées.

Une fois de plus, c'est l'objectif réel de la chasse commerciale qui est caché derrière ces confusions volontaires.

Le programme de recherche islandais sur les baleines de Minke fait partie d'une recherche globale scientifique approfondie sur les interactions écologiques entre le rorqual et les autres espèces marines. Il serait d'ailleurs utile d'étudier également certains aspects de l'écologie d'alimentation biologique et la pathologie de "l'aileron fou" du rorqual boréal dans l'Atlantique nord. Ces sujets seront abordés dans un deuxième temps.

Le projet islandais d'attraper 38 petits rorquals cette année fait partie d'une étude scientifique d'envergure sur les interactions écologiques entre les petits rorquals et les autres espèces marines. Parallèlement, il s'avère nécessaire de faire des recherches sur les différents aspects de la biologie écologique et pathologique alimentaires des rorquals communs et boréaux dans l'Atlantique Nord. Cet aspect sera pris en considération ultérieurement.

La chasse de 38 (en réalité 36 tués) petits rorquals n'est que le début des activités de chasse de l'Islande. Ce nombre restreint - fruit d'une modification du projet initial beaucoup plus ambitieux, faut-il le rappeler - a certainement valeur de test (ou de leurre !) vis-à-vis de l'opinion internationale. Il est donc primordial de faire clairement comprendre à l'Islande que très nombreuses sont les nations qui s'opposent à ses pratiques de chasse.

Il existe différentes manières non létales pour étudier le régime alimentaire des cétacés. On peut citer principalement l'étude des graisses (obtenues par biopsie) et celle des fèces corrélativement à celles des autres animaux marins. Ces techniques pourraient aisément être appliquées et augmenter de manière sensible les données, pourtant déjà considérables, sur l'alimentation de ces animaux. Ces faits ont été clairement reconnus par le Comité Scientifique de la C.B.I. en juin 2003.

L'Institut de Recherche Marine islandais reconnaît lui-même : " des moyens non létaux peuvent être utilisés pour obtenir l'information sur les régimes alimentaires des baleines … (N.D.L.R. : … ces méthodes récentes sont …) l'analyse des acides gras, les taux isotopiques stables et les analyses de matières fécales … (N.D.L.R. : …de même, …) la grossesse peut être déterminée par biopsie … ".

L'Islande est un des premiers pays à avoir mesuré l'importance de la préservation des espèces baleinières. Déjà au début du siècle dernier quand il y eut des alertes à la surexploitation baleinière, l'Islande avait interdit la chasse aux grandes baleines de 1915 à 1935. La chasse ne fut reprise qu'en 1948 (en dehors de quelques petites prises à partir d'une station baleinière à terre entre 1935 et 1939). L'Islande a imposé une réglementation stricte et de sévères restrictions à la chasse aux baleines ; entre 1948 et 1985 celle-ci était limitée à une chasse de petite envergure à partir d'une station baleinière à terre, au moment où toute opération baleinière commerciale avait été stoppée de nouveau, en raison du soi-disant moratoire international prononcée à son encontre.

Au début du moratoire, de 1986 à 1989, l'Islande a chassé 292 rorquals communs et 70 rorquals boréaux, ce qui est loin de constituer une exploitation à petite échelle. Quatre navires chasseurs de baleines furent utilisés à ces fins et provoquèrent l'épuisement des populations locales de ces cétacés.

Dans une action diplomatique concertée d'envergure assez exceptionnelle, le 10 septembre 2003, pas moins de 23 gouvernements ont adressé une protestation à l'Islande. Dans celle-ci, ils réclamaient la cessation de toute activité de chasse à la baleine, considérant que le projet de recherche islandais était " injustifié et inutile ". Cette intervention se basait également sur le fait que la chasse prétendument scientifique était contraire à la volonté de la C.B.I. : lors de sa dernière réunion du mois de juin, celle-ci avait en effet adopté la résolution 2003-2 qui déclarait " qu'il n'y avait jamais eu d'estimation officielle de la population des rorquals boréaux dans les eaux islandaises, qu'une attention particulière avait été réservée, lors des débats du Comité scientifique, au statut de cette population et que la prise de 50 rorquals boréaux prévus dans le programme de faisabilité islandais menacerait plus que probablement sa survie ".

C'est l'une des raisons pour lesquelles les stocks principaux des grandes baleines, à savoir les rorquals communs et rorquals boréals, sont aussi abondants dans le milieu de l'Atlantique nord.

L'Islande s'est toujours fait le champion d'une collaboration internationale pour défendre une gestion durable des ressources naturelles, y compris les baleines. L'Islande ne s'est jamais départie de cette attitude y compris au sein de la Commission Baleinière Internationale (C.B.I), fondée sur la Convention Internationale pour la Réglementation de la Chasse à la Baleine du 2 décembre 1946. Le rôle de la C.B.I est de pourvoir à la bonne conservation des stocks, de sorte que l'industrie baleinière puisse se développer d'une façon ordonnée.

Contournant le moratoire sur la chasse commerciale, l'Islande s'est engagée dès 1986 dans un " projet de recherche sur la chasse à la baleine ". Plus de 15 ans après, la plupart des données supposées récoltées grâce à ce permis spécial de recherche ne sont toujours pas disponibles. Dans l'intervalle, la viande a été écoulée sur les marchés (japonais), démontrant clairement la finalité commerciale de l'opération.

L' " Icelandic Skip " et le " Norwegian Fiskeribladet " ont mentionné que le Conseil d'Administration des Pêcheries norvégiennes et de l'Institut de Recherche Marine ont signé une convention portant sur des analyses génétiques de la viande de baleine, avec comme but final l'exportation des produits baleiniers vers le Japon.

D'autre part, il n'est pas possible d'isoler le problème de la chasse des autres problèmes environnementaux. C'est ainsi que le " Nansen Institute " norvégien a montré l'impact direct du réchauffement global sur les régions polaires nordiques : la zone glaciaire arctique a fondu de 6 à 8 % !

Les changements climatiques sont susceptibles d'affecter tant les baleines que les activités de pêche. Ils peuvent entraîner des modifications profondes des schémas de répartition, de migration, d'alimentation et de reproduction des cétacés (mais aussi de leurs proies). Il est donc urgent et primordial de prendre en compte ces changements environnementaux et leurs implications sur les populations de baleines.

L'Islande, qui se présente pourtant comme un ardent défenseur de la coopération internationale au niveau des ressources marines et de la conservation de la nature, n'a pas appuyé la création d'un Comité de Conservation chargé d'étudier ces menaces sur les populations baleinières au sein de la C.B.I.

Il y a peu de temps l'Islande a de nouveau rejoint la C.B.I, mais avec une réserve pour le soi-disant moratoire prononcée contre la chasse à la baleine commerciale.

Le moratoire international critiqué est une décision tout à fait légale de la C.B.I. Elle fut soutenue par la Convention des Nations Unies sur la Loi de la Mer qui prône la suppression totale de la chasse commerciale.

Le moratoire fut accepté par un vote du Parlement islandais dans les années 80. Depuis, les tentatives de l'Islande pour rejoindre la C.B.I. ont fait l'objet de controverses. Par deux fois, la demande de réintégration de la Commission avec objection au moratoire fut rejetée. Ce n'est qu'en octobre 1992, lors d'une assemblée extraordinaire, que l'affiliation de l'Islande fut acceptée (celle-ci participant même au vote !), la Suède déclarant même ensuite que " son vote avait été une erreur ". La position islandaise contre le moratoire fut l'objet des protestations officielles de 17 pays, le Mexique et l'Italie refusant même de reconnaître le retour de l'Islande au sein de l'assemblée.

L'Islande avait quitté la C.B.I afin de protester contre l'insuccès de celle-ci à réglementer la chasse à la baleine et à promouvoir les recherches baleinières, au lieu de quoi elle avait interdit en bloc toute chasse, sans tenir compte des découvertes scientifiques dans ce domaine. L'Islande a donc rejoint l'Organisation et participe à sa Nouvelle Procédure de Gestion (NPG) fondée sur le concept du rendement équilibré maximal. L'Islande s'est engagée à ne pas autoriser la chasse commerciale de la baleine en Islande sans fondement scientifique sérieux et avec la garantie d'une réglementation idoine et son application efficace.

Pour l'heure, l'Islande n'a pas de projet de chasse commerciale de la baleine et réitère sa volonté de protéger les espèces de baleines en maintenant leurs stocks dans les eaux islandaises.

La chasse à la baleine islandaise est manifestement commerciale : la viande des animaux tués est mise en vente dans les supermarchés islandais. De plus, la délégation islandaise à la C.B.I. insiste pour une levée rapide du moratoire sur la chasse commerciale. Quelle en serait la motivation si ce n'est la reprise de cette même chasse commerciale ? Comment se fait-il que seuls les pays pratiquant ladite chasse commerciale (Norvège et Japon) demandent également cette fin du moratoire ?

La résolution de la C.B.I. déjà citée (2003-2) mentionne que la chasse scientifique n'a pas pour objet " …de produire de la viande de baleine à des fins commerciales… " même si elle en donne la possibilité.

Pour plus d'information sur la gestion des ressources marines islandaises, veuillez consulter www.fisheries.is et pour des renseignements relatifs aux recherches scientifiques sur les baleines et autres mammifères marins dans l'Atlantique nord, veuillez consulter le site de l'Institut de Recherche Marine  www.hafro.is et celui de la Commission Mammifère de l'Atlantique Nord www.nammco.no

(2) Commission Baleinière Internationale
(3) Convention sur le commerce international des espèces en voie de disparition de la faune et de la flore sauvage


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