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Voici donc la réponse officielle fournie par l'Ambassade d'Islande en Belgique
en date du 24/10/ 2003.
Pour une question de lisibilité, nos remarques sont en rouge.
COMMUNIQUE
L'Ambassade d'Islande accuse réception de votre courrier relatif
à la chasse à la baleine en Islande et vous remercie de
votre intérêt. A cette occasion elle se permet de rappeler
que l'Islande vit dans le souci quotidien de la protection de la nature
et de la conservation des espèces. Dans ce sens elle vous prie
de trouver ci-joint un communiqué des autorités islandaises.
Le programme scientifique baleinier de l'Islande ne touche pas les
espèces de baleines menacées d'extinction, autrefois chassées
massivement par les grandes nations baleinières.
Le plan global islandais pour la chasse scientifique
à la baleine - présenté comme tel à la C.B.I
(2). (acronyme anglais I.W.C.) en mai 2003 - inclut non seulement des
Petits rorquals mais également des Rorquals communs et des Rorquals
boréaux (ou de Sei). Ces deux
dernières espèces sont reconnues en voie de disparition.
De surcroît, le Petit rorqual - chassé en ce mois de septembre
2003 - est classé comme étant à " faible risque
/ presque en voie de disparition ". Pour la CITES (3), il est classé
au niveau d'espèce menacée d'extinction.
Pendant la première partie de ce programme, qui s'est achevée
le 1 octobre dernier, l'Islande a chassé 36 baleines de Minke.
Les éléments recueillis font actuellement l'objet de recherches
scientifiques et sont conformes à la politique islandaise pour
une utilisation durable des ressources marines, et ne touche pas les
espèces en danger. Le nombre de baleines chassées est
si modeste qu'il n'a aucun impact sur les stocks de rorquals dans les
eaux islandaises. D'après les études scientifiques présentées
au Comité Scientifique de la Commission Baleinière Internationale,
il y a d'importants stocks de certaines espèces, alors que d'autres
espèces continuent d'être menacées. On estime qu'il
y a plus de 67.000 rorquals, 24.000 rorquals communs et 10.000 rorquals
boréals dans le milieu de l'Atlantique nord.
Les autorités islandaises sont pleinement conscientes de la
nécessité de préserver scrupuleusement les ressources
marines. L'économie du pays en dépend pour plus des deux
tiers de ses exportations. Un déséquilibre écologique
dans les eaux islandaises, provoqué par la surexploitation ou
par d'autres moyens, auraient des conséquences catastrophiques
pour la survie de l'Islande.
L'Islande était l'un des premiers pays à avoir porté
sa zone de pêche à 200 milles nautiques en 1975, afin d'empêcher
la pêche non contrôlée autour de l'Islande par les
chalutiers provenant d'autres pays européens et mettant en péril
les stocks. Depuis lors l'Islande a pris toutes les mesures pour assurer
une pêche équilibrée et durable dans les eaux islandaises
en appliquant un système de quotas rigoureux pour plusieurs espèces
de poissons comme le cabillaud, le hareng et le capelan.
Seul l'avenir nous dira si cette façon
d'agir islandaise est aussi raisonnable et digne de la mention "
gestion durable " qu'il ne le semble. Si le choix est mauvais,
ce sont les pratiques de pêche qui devront changer … s'il
n'est pas trop tard pour certains stocks. L'Islande est actuellement
la seule nation au monde à associer activités halieutiques
et nécessité d'exterminer les baleines. C'est en cela
que réside la question principale.
L'Islande s'enorgueillit d'avoir été pionnière
dans la lutte contre la surpêche, elle a d'ailleurs été
suivie en cela par de nombreux pays. Les quotas sont fixés selon
les recommandations des scientifiques, qui observent régulièrement
l'évolution de tous les stocks. Les baleines faisant partie intégrante
de l'écosystème marin, une étude approfondie doit
évidemment en tenir compte.
La consommation annuelle de poisson par les baleines dans les eaux
islandaises, de krill et d'autres biomasses, est estimée à
quelque 6 millions de tonnes métriques, dépassant allègrement
le chiffre des prises islandaises s'élevant à 1.5 à
2 millions de tonnes métriques. ceci n'est qu'un exemple de l'impact
des baleines sur l'écosystème marin.
Il serait illusoire d'imaginer qu'il existe une
relation simple et directe entre la quantité de nourriture ingérée
par les prédateurs (= les baleines) et les pertes affectant la
pêche. Croire ceci ne peut que nous induire en erreur.
Les chiffres présentés ici sont
également fallacieux. Les six millions de tonnes de poissons
ingérées le sont par tous les cétacés, baleines
et dauphins compris. Selon le projet initial de l'Islande, les petits
rorquals consomment à eux seuls 2 millions de tonnes et 3 % de
cette masse, soit 60.000 tonnes, est constituée de morues. C'est
à ce moment qu'il est utile de constater que la flotte de pêche
islandaise capture annuellement de 200.000 à 300.000 tonnes de
ce poisson !
Plus important, il faut savoir que, scientifiquement,
il n'existe pas la moindre preuve pour étayer l'hypothèse
selon laquelle la suppression des grands prédateurs serait bénéfique
à la pêche. Les écosystèmes marins où
se déroulent ces phénomènes sont extrêmement
complexes : il est tout aussi envisageable que la suppression d'une
des espèces de ce milieu (quelle que soit celle-ci d'ailleurs)
ait des effets négatifs sur la ressource halieutique.
La motivation réelle de l'élimination des baleines est
l'appât du gain que de nombreuses nations tentent de camoufler
derrière d'aussi complexes problèmes. La dépouille
d'un petit rorqual représente à elle seule plusieurs milliers
de dollars.
Il est donc totalement illusoire, et cela encore
pour de très nombreuses années, de vouloir démontrer
que l'élimination d'une espèce du milieu marin serait
bénéfique pour la pêche. Nul ne peut actuellement
prétendre le contraire.
Il serait irresponsable d'ignorer cet élément très
important. D'un côté on a fait remarquer que les nombreux
petits rorquals (ou baleines de Minke) menacent la reconstitution de
plusieurs espèces, par exemple du cabillaud, dont ils font une
énorme consommation. De l'autre, il semblerait que les espèces
de baleines plus nombreuses, comme la baleine de Minke, le rorqual commun
ou le rorqual boréal seraient en train d'occuper la place écologique
que certaines espèces de baleines menacées occupaient
auparavant, de sorte qu'elles ont plus de mal à se reconstituer.
Une étude à ce sujet est prévue.
A nouveau, nous sommes face à des assertions
gratuites qui relèvent, tout au plus, de la pseudo-science. La
" souche originelle " a évolué au cours des
millions d'années écoulées, tout comme les autres
organismes, en de multiples espèces différentes qui se
caractérisent entre autres par des niches écologique et
des alimentations tout aussi différentes. Il est faux de considérer
que deux animaux qui vivent dans les mêmes eaux sont automatiquement
en compétition, c'est même loin d'être ainsi.
Après une étude sur un cas similaire
dans l'hémisphère sud, le Comité Scientifique de
la C.B.I. a conclu à l'absence de preuves selon lesquelles d'importantes
populations de petits rorquals constitueraient une quelconque menace
pour d'autres espèces menacées.
Une fois de plus, c'est l'objectif réel
de la chasse commerciale qui est caché derrière ces confusions
volontaires.
Le programme de recherche islandais sur les baleines de Minke fait
partie d'une recherche globale scientifique approfondie sur les interactions
écologiques entre le rorqual et les autres espèces marines.
Il serait d'ailleurs utile d'étudier également certains
aspects de l'écologie d'alimentation biologique et la pathologie
de "l'aileron fou" du rorqual boréal dans l'Atlantique
nord. Ces sujets seront abordés dans un deuxième temps.
Le projet islandais d'attraper 38 petits rorquals cette
année fait partie d'une étude scientifique d'envergure
sur les interactions écologiques entre les petits rorquals et
les autres espèces marines. Parallèlement, il s'avère
nécessaire de faire des recherches sur les différents
aspects de la biologie écologique et pathologique alimentaires
des rorquals communs et boréaux dans l'Atlantique Nord. Cet aspect
sera pris en considération ultérieurement.
La chasse de 38 (en réalité 36
tués) petits rorquals n'est que le début des activités
de chasse de l'Islande. Ce nombre restreint - fruit d'une modification
du projet initial beaucoup plus ambitieux, faut-il le rappeler - a certainement
valeur de test (ou de leurre !) vis-à-vis de l'opinion internationale.
Il est donc primordial de faire clairement comprendre à l'Islande
que très nombreuses sont les nations qui s'opposent à
ses pratiques de chasse.
Il existe différentes manières
non létales pour étudier le régime alimentaire
des cétacés. On peut citer principalement l'étude
des graisses (obtenues par biopsie) et celle des fèces corrélativement
à celles des autres animaux marins. Ces techniques pourraient
aisément être appliquées et augmenter de manière
sensible les données, pourtant déjà considérables,
sur l'alimentation de ces animaux. Ces faits ont été clairement
reconnus par le Comité Scientifique de la C.B.I. en juin 2003.
L'Institut de Recherche Marine islandais reconnaît
lui-même : " des moyens non létaux peuvent être
utilisés pour obtenir l'information sur les régimes alimentaires
des baleines … (N.D.L.R. : … ces méthodes récentes
sont …) l'analyse des acides gras, les taux isotopiques stables
et les analyses de matières fécales … (N.D.L.R.
: …de même, …) la grossesse peut être déterminée
par biopsie … ".
L'Islande est un des premiers pays à avoir mesuré l'importance
de la préservation des espèces baleinières. Déjà
au début du siècle dernier quand il y eut des alertes
à la surexploitation baleinière, l'Islande avait interdit
la chasse aux grandes baleines de 1915 à 1935. La chasse ne fut
reprise qu'en 1948 (en dehors de quelques petites prises à partir
d'une station baleinière à terre entre 1935 et 1939).
L'Islande a imposé une réglementation stricte et de sévères
restrictions à la chasse aux baleines ; entre 1948 et 1985 celle-ci
était limitée à une chasse de petite envergure
à partir d'une station baleinière à terre, au moment
où toute opération baleinière commerciale avait
été stoppée de nouveau, en raison du soi-disant
moratoire international prononcée à son encontre.
Au début du moratoire, de 1986 à
1989, l'Islande a chassé 292 rorquals communs et 70 rorquals
boréaux, ce qui est loin de constituer une exploitation à
petite échelle. Quatre navires chasseurs de baleines furent utilisés
à ces fins et provoquèrent l'épuisement des populations
locales de ces cétacés.
Dans une action diplomatique concertée
d'envergure assez exceptionnelle, le 10 septembre 2003, pas moins de
23 gouvernements ont adressé une protestation à l'Islande.
Dans celle-ci, ils réclamaient la cessation de toute activité
de chasse à la baleine, considérant que le projet de recherche
islandais était " injustifié et inutile ". Cette
intervention se basait également sur le fait que la chasse prétendument
scientifique était contraire à la volonté de la
C.B.I. : lors de sa dernière réunion du mois de juin,
celle-ci avait en effet adopté la résolution 2003-2 qui
déclarait " qu'il n'y avait jamais eu d'estimation officielle
de la population des rorquals boréaux dans les eaux islandaises,
qu'une attention particulière avait été réservée,
lors des débats du Comité scientifique, au statut de cette
population et que la prise de 50 rorquals boréaux prévus
dans le programme de faisabilité islandais menacerait plus que
probablement sa survie ".
C'est l'une des raisons pour lesquelles les stocks principaux des
grandes baleines, à savoir les rorquals communs et rorquals boréals,
sont aussi abondants dans le milieu de l'Atlantique nord.
L'Islande s'est toujours fait le champion d'une collaboration internationale
pour défendre une gestion durable des ressources naturelles,
y compris les baleines. L'Islande ne s'est jamais départie de
cette attitude y compris au sein de la Commission Baleinière
Internationale (C.B.I), fondée sur la Convention Internationale
pour la Réglementation de la Chasse à la Baleine du 2
décembre 1946. Le rôle de la C.B.I est de pourvoir à
la bonne conservation des stocks, de sorte que l'industrie baleinière
puisse se développer d'une façon ordonnée.
Contournant le moratoire sur la chasse commerciale,
l'Islande s'est engagée dès 1986 dans un " projet
de recherche sur la chasse à la baleine ". Plus de 15 ans
après, la plupart des données supposées récoltées
grâce à ce permis spécial de recherche ne sont toujours
pas disponibles. Dans l'intervalle, la viande a été écoulée
sur les marchés (japonais), démontrant clairement la finalité
commerciale de l'opération.
L' " Icelandic Skip " et le "
Norwegian Fiskeribladet " ont mentionné que le Conseil d'Administration
des Pêcheries norvégiennes et de l'Institut de Recherche
Marine ont signé une convention portant sur des analyses génétiques
de la viande de baleine, avec comme but final l'exportation des produits
baleiniers vers le Japon.
D'autre part, il n'est pas possible d'isoler
le problème de la chasse des autres problèmes environnementaux.
C'est ainsi que le " Nansen Institute " norvégien a
montré l'impact direct du réchauffement global sur les
régions polaires nordiques : la zone glaciaire arctique a fondu
de 6 à 8 % !
Les changements climatiques sont susceptibles
d'affecter tant les baleines que les activités de pêche.
Ils peuvent entraîner des modifications profondes des schémas
de répartition, de migration, d'alimentation et de reproduction
des cétacés (mais aussi de leurs proies). Il est donc
urgent et primordial de prendre en compte ces changements environnementaux
et leurs implications sur les populations de baleines.
L'Islande, qui se présente pourtant comme
un ardent défenseur de la coopération internationale au
niveau des ressources marines et de la conservation de la nature, n'a
pas appuyé la création d'un Comité de Conservation
chargé d'étudier ces menaces sur les populations baleinières
au sein de la C.B.I.
Il y a peu de temps l'Islande a de nouveau rejoint la C.B.I, mais
avec une réserve pour le soi-disant moratoire prononcée
contre la chasse à la baleine commerciale.
Le moratoire international critiqué est
une décision tout à fait légale de la C.B.I. Elle
fut soutenue par la Convention des Nations Unies sur la Loi de la Mer
qui prône la suppression totale de la chasse commerciale.
Le moratoire fut accepté par un vote
du Parlement islandais dans les années 80. Depuis, les tentatives
de l'Islande pour rejoindre la C.B.I. ont fait l'objet de controverses.
Par deux fois, la demande de réintégration de la Commission
avec objection au moratoire fut rejetée. Ce n'est qu'en octobre
1992, lors d'une assemblée extraordinaire, que l'affiliation
de l'Islande fut acceptée (celle-ci participant même au
vote !), la Suède déclarant même ensuite que "
son vote avait été une erreur ". La position islandaise
contre le moratoire fut l'objet des protestations officielles de 17
pays, le Mexique et l'Italie refusant même de reconnaître
le retour de l'Islande au sein de l'assemblée.
L'Islande avait quitté la C.B.I afin de protester contre l'insuccès
de celle-ci à réglementer la chasse à la baleine
et à promouvoir les recherches baleinières, au lieu de
quoi elle avait interdit en bloc toute chasse, sans tenir compte des
découvertes scientifiques dans ce domaine. L'Islande a donc rejoint
l'Organisation et participe à sa Nouvelle Procédure de
Gestion (NPG) fondée sur le concept du rendement équilibré
maximal. L'Islande s'est engagée à ne pas autoriser la
chasse commerciale de la baleine en Islande sans fondement scientifique
sérieux et avec la garantie d'une réglementation idoine
et son application efficace.
Pour l'heure, l'Islande n'a pas de projet de chasse commerciale de
la baleine et réitère sa volonté de protéger
les espèces de baleines en maintenant leurs stocks dans les eaux
islandaises.
La chasse à la baleine islandaise est
manifestement commerciale : la viande des animaux tués est mise
en vente dans les supermarchés islandais. De plus, la délégation
islandaise à la C.B.I. insiste pour une levée rapide du
moratoire sur la chasse commerciale. Quelle en serait la motivation
si ce n'est la reprise de cette même chasse commerciale ? Comment
se fait-il que seuls les pays pratiquant ladite chasse commerciale (Norvège
et Japon) demandent également cette fin du moratoire ?
La résolution de la C.B.I. déjà
citée (2003-2) mentionne que la chasse scientifique n'a pas pour
objet " …de produire de la viande de baleine à des
fins commerciales… " même si elle en donne la possibilité.
Pour plus d'information sur la gestion des ressources marines islandaises,
veuillez consulter www.fisheries.is
et pour des renseignements relatifs aux recherches scientifiques sur
les baleines et autres mammifères marins dans l'Atlantique nord,
veuillez consulter le site de l'Institut de Recherche Marine
www.hafro.is et celui de la Commission
Mammifère de l'Atlantique Nord www.nammco.no
(2) Commission Baleinière Internationale
(3) Convention sur le commerce international des espèces en voie de
disparition de la faune et de la flore sauvage |