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DOSSIERS : M.I.C.S.


  Les études de la Station de Recherche des Iles Mingan pour la saison 2000
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Par Sylvie Angel

 

La Station de Recherche des Iles Mingan est un organisme à but non lucratif créé en 1979 par Richard SEARS. Les études du MICS (en anglais : Mingan Island Cetacean Study) se déroulent en majorité dans les eaux du fleuve entre les mois de juin et d'octobre.

L'étude principale de la station de recherche est basée sur l'écologie du rorqual bleu mais chaque année depuis plus de 20 ans, la station de recherche récolte des données sur tous les mammifères marins rencontrés dans nos différentes zones d'étude : la Gaspésie, la Côte-nord où est installée la station, l'estuaire mais aussi l'Islande ... La station étudie plus particulièrement les populations de rorquals à bosse, rorquals communs et rorquals bleus. Pour obtenir le plus précisément possible une estimation des populations, les biologistes du MICS utilisent les techniques de photo-identification.

La photo-identification est tout simplement la méthode préconisée pour identifier les individus à l'intérieur de chaque espèce : l'identification photographique est donc basée sur les caractéristiques particulières de chaque espèce !

Les caractéristiques des rorquals à bosse résident dans la pigmentation de la face ventrale de leur queue; en effet, il y a 5 catégories de pigmentation :

  • catégorie 1 : la queue est toute blanche
  • catégorie 3 : la queue est blanche à 50% et noire à 50%
  • catégorie 5 : la queue est toute noire.

Ces critères, plus les caractéristiques de la dentelure de la queue, sont utilisés pour différencier les individus entre eux. Ainsi certains animaux sont connus de la Station depuis plus de 10 ans comme notre mascotte : Nocturne dont la queue est toute noire ou encore Fleuret dont on connaît la maman qui se nomme Pseudo.

Pour avoir des indices supplémentaires et ainsi appuyer avec certitude la reconnaissance des individus, les biologistes prennent aussi la nageoire dorsale des animaux en photo.

En ce qui concerne les rorquals bleus, la méthode d'identification a été découverte en 1980 par Richard SEARS. Jusque là, il prenait les queues des rorquals bleus en photo et puis il s'est rendu compte que sur tous les animaux qu'il rencontrait, seul un petit nombre levait la queue, alors il a cherché ailleurs et EUREKA ! : la pigmentation des flancs de ces animaux est différente d'un individu à un autre, tout comme nos propres empreintes digitales ! Depuis plus de 20 ans, les individus rorquals bleus sont distingués les uns des autres grâce à la pigmentation particulière de leurs flancs et les biologistes s'efforcent donc sur l'eau d'obtenir des photos des côtés gauche et droit ! Les années qui passent confirment que la pigmentation ne change pas ! Tous ces animaux sont donc codifiés, numérotés et pour les plus habitués, ils sont nommés ! Depuis plusieurs années, Kits, Chameau, Laser... nous rendent visite !

On utilise évidemment le plus d'informations possible. On compare donc aussi les nageoires dorsales de ces animaux et puis les queues pour ceux qui la lèvent !

Et les rorquals communs ! ! ! ! ! ! Ah les rorquals communs ! Leur particularité, outre leur taille, est l'asymétrie de pigmentation de leur mâchoire inférieure ! Eh oui : du côté droit c'est blanc et du côté gauche, eh bien c'est noir ! Ceci entraîne un dégradé de pigmentation très net du côté droit ! Empreinte digitale du commun qui se reconnaît aussi par la forme de sa nageoire dorsale !

Alors en bateau, il faut réussir à se tenir à la droite de ces géants pour photographier leur nageoire dorsale mais aussi leur côté ! ! ! ! ! ! ! ! ! Ceci peut devenir tout un défi !

zodiac du mics

Voilà, nous avons identifié nos individus pour chaque espèce donc nous connaissons un peu mieux les populations, oui mais ... combien y a-t-il de mâles et de femelles ? Bonne question ! Les baleines exhibent rarement leur ventre, or c'est la seule manière de distinguer un mâle d'une femelle pour ces trois espèces grâces aux fentes génitales qui sont sous le ventre ! Comment fait-on alors ? Rien de plus simple, on fait un prélèvement de peau ... Une biopsie quoi ! Une flèche dont la pointe est adaptée à la prise d'échantillon est lancée à l'aide d'une arbalète en avant de la nageoire dorsale des animaux. La flèche est munie d'un flotteur, nous d'une épuisette ... Voilà, notre prélèvement est fait ... Nous récupérons de la peau mais aussi du gras ! La peau va nous permettre de faire les analyses génétiques qui vont nous dire si nous avons affaire à une femelle ou à un mâle et le gras lui va nous donner toutes les informations sur les polluants accumulés par notre individu ... Le pouls du fleuve en somme !

Chaque été depuis donc 22 ans, des biologistes sillonnent le fleuve pour collecter des données. Depuis quelques années, Richard part en Islande au début du mois de juillet pour aller étudier les rorquals bleus d'Islande. Pourquoi cette étude ? Richard veut savoir si les bleus du Saint-Laurent fréquentent les eaux d'Islande et vice versa ! Pour le moment nous n'avons fait aucun recoupement, mais Richard y retourne pour compléter le catalogue de photos que nous avons d'Islande et pour augmenter le matériel génétique dont nous disposons sur les bleus d'Islande. La comparaison des biopsies des bleus du Saint-Laurent et d'Islande nous apportera peut-être une explication sur les populations : sont-elles génétiquement différentes ou identiques ? En Islande, d'autres rencontres sont venues augmenter les interrogations sur ces géants des mers. A plusieurs reprises des hybrides de rorqual commun et de rorqual bleu ont été observés. Ces observations ne sont pas uniques à cette région puisqu'un hybride a également été photographié dans les eaux du fleuve Saint-Laurent. La question est donc de savoir pourquoi ces hybrides existent; les biopsies seront donc très utiles pour connaître les différences et les similitudes génétiques de ces deux espèces. Outre les analyses génétiques, Richard et les biologistes de la Station vont regarder de très près la vie sociale des rorquals communs et des rorquals bleus afin de scruter les éventuelles similitudes et les différences. La structure des groupes rencontrés, le comportement des individus de ces groupes ... Tout ceci pour essayer de comprendre l'existence des hybrides.

Cette attention portée à la structure des groupes et au comportement des animaux qui composent ces groupes sera aussi appliquée aux populations de rorquals à bosse qui sont nombreux dans le fleuve.

Chacune de ces trois espèces va être attentivement observée et par la suite nous chercherons les différences et les ressemblances comportementales et sociologiques de ces animaux.

Cette saison nous apportera peut-être quelques axes de réponse; suivez-nous régulièrement et vous saurez la suite de cette histoire qui dure depuis 1979 !


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