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| Le rythme respiratoire du rorqual commun |
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Introduction |
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Par Jean Moïs
Le premier numéro de notre revue "Le Grand Souffle" en 1998 était dédié au Cachalot (Physeter macrocephalus). De nombreux extraits de ce numéro sont disponibles sur notre site dans le dossier "Cachalot". Nous y retrouvons non seulement une présentation de l'espèce mais également la présentation des résultats engrangés lors des stages " Baleines 97 " (MOÏS & WEBSTER, 1998). Cet article fait suite au résumé de ces stages (MOÏS & WEBSTER, 1997) et à la présentation de la physiologie respiratoire de l'espèce (WEBSTER, 1997).
Les données recueillies sur le rorqual commun (Balaenoptera physalus) lors des mêmes séjours font maintenant aussi l'objet d'une publication. Les voici enfin présentées sur notre site. Nous avons profité de l'occasion pour mettre en évidence les différences entre les rythmes respiratoires du rorqual commun et du cachalot.
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Classification |
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Rorqual commun
Ordre : Cétacés
Sous-ordre : Mysticètes
Famille : Balaenoptéridés
Nom scientifique : Balaenoptera physalus (Linné, 1758)
vient du latin balaena : baleine
vient du grec pteron : aile ou nageoire
vient du grec physalos : instrument à vent ;
également, sorte de grenouille capable de se gonfler.
Noms vernaculaires :
Fin whale ou Finback whale en anglais (fin = nageoire)
Finnwal en allemand
Kiit en russe
Capidolio en italien
Ballena boba en espagnol (= baleine niaise)
Baleia en portugais
Nagasu kujira en japonais
Sildreki en islandais (= baleine ou pour chasseur de harengs)
Raudhvalr en norvégien
Rorqual commun en français.
Il est qualifié de commun car cette espèce fut autrefois extrêmement abondante. Le terme rorqual vient de
roer : pli ou tube
qval : baleine en norvégien
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Description |
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Le Rorqual commun est, dans notre monde, le deuxième animal le plus grand ayant jamais existé, après le Rorqual bleu. Sa taille moyenne est d'une bonne vingtaine de mètres (maximum 25 m) pour une masse de 40 à 50 tonnes (69,5 T maximum). La face dorsale de l'adulte est grisâtre, variant d'un gris argenté à un noir brunâtre, alors que la face ventrale est blanche. Deux chevrons gris clair marquent (souvent) chaque côté de la tête.
La nageoire dorsale, très reculée, est petite et falciforme, penchée vers l'arrière. L'angle, les formes de celle-ci et de son extrémité constituent des caractères d'individualisation des animaux.

La pigmentation de l'animal est caractérisée par son asymétrie. La mâchoire inférieure droite, ainsi que la langue et les fanons de ce même côté, sont blancs. Le côté gauche est uniformément gris au même niveau.
Les sillons gulaires s'étendent sur 50 % du corps, au moins jusqu'à l'ombilic. Ils sont au nombre de 50 à 100 et permettent à la gorge de se distendre en amassant jusque 20.000 litres d'eau et de nourriture (FONTAINE, 1998).
La nageoire caudale est large, présentant une nette échancrure médiane
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Alimentation |
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Mangeant près de 3 T par jour, le rorqual commun a un régime alimentaire constitué de copépodes, de céphalopodes, de krill mais aussi et surtout de poissons : harengs, morues, maquereaux ou capelans. Quand il chasse près de la surface, on constate qu'il se tourne sur son flanc droit qui est blanc et donc peu visible pour ses proies. Cette coloration serait une des explications de ses succès dans ses chasses de poissons réputés rapides.
En Méditerranée, nous avons eu l'occasion d'observer les déjections qui avaient une couleur orange très marquée. Cette couleur serait due à l'abondance du krill dans l'alimentation.
Nous attendons encore les résultats d'analyses de prélèvements réalisés lors du stage 1999.
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Identification en mer |
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Le souffle, en forme de cône renversé, a une hauteur de 4 à 6 mètres. Il est extrêmement bruyant . La grande taille (pour un adulte, naturellement), le corps long et profilé et la nageoire dorsale située au 2/3 du corps, sont de bons critères d'identification. La couleur asymétrique est, elle, un critère infaillible.
Ainsi que l'a clairement expliqué S. ANGEL dans le numéro 4 de l'an 2000 de notre revue, par convention, l'identification (photo) s'effectue en observant le flanc droit (donc le plus clair) de l'animal.
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Population - Distribution |
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Dans le monde
Présent dans quasiment toutes les mers du globe, le rorqual commun a une population mondiale estimée à 120.000 exemplaires se répartissant en un peu moins de 100.000 dans l'hémisphère sud contre 20.000 au nord.
Ces animaux vivent préférentiellement loin des côtes ou, tout au moins, là où la profondeur est suffisante. En dehors de quelques populations vivant à de basses latitudes (Californie, par exemple), le rorqual commun est un migrateur. Il passe l'été à se nourrir dans les eaux froides australes et septentrionales avant de gagner les eaux chaudes des zones tropicales et subtropicales où il se reproduit.
(D'après M. CARWARDINE 1995 ; R. WANDREY 2000)
En Méditerranée
Le rorqual commun se rencontre assez fréquemment en Méditerranée, principalement dans les parties occidentales et centrales où vivraient de 3 à 4.000 individus. En mer Noire, l'espèce est absente alors que, dans l'est de la Méditerranée, l'espèce paraît peu abondante. Des recherches à ce sujet doivent encore être réalisées.
Un bon millier d'animaux fréquente le bassin liguro-provençal en été. La distribution hivernale et la zone de mise bas ne sont pas encore connues mais pourraient se localiser près des côtes de l'Afrique du Nord.
Même s'ils sont de faible ampleur, des phénomènes migratoires du Nord vers le Sud sont observés. Ils semblent notamment liés à la présence du composant principal de la nourriture, un Euphausiacé appelé Meganyctiphanes norvegica.
De nos jours, aucun phénomène migratoire d'une certaine amplitude n'est observé au niveau du détroit de Gibraltar. De plus, les études génétiques montrent que le stock d'animaux de la Méditerranée est parfaitement distinct de celui de l'Atlantique. Il existe donc un isolement entre ces deux populations.
(D'après P.C. BEAUBRUN, 1995 ; J.M. BOMPAR, 2000 )
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Méthodologie |
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La méthode employée lors de ce stage découle de celle expérimentée en 1995 dans le cadre d'un voyage scolaire (MOÏS, 1996). Elle a déjà été décrite à ce moment ainsi que dans notre article sur le cachalot. Nous n'en ferons ci-dessous qu'un bref résumé.
Les observations ont été effectuées depuis un catamaran de 37 pieds, le Lotus bleu, sur lequel se trouvaient les participants au stage.
Des quarts d'observation étaient organisés de façon à ce que, en permanence pendant le séjour en mer, trois observateurs (en plus du skipper, naturellement) soient présents sur le pont. Ceux-ci recherchaient les indices de présence de mammifères marins (vue directe, souffles, sauts, …) et recevaient l'aide du reste de l'équipage dès qu'un contact était annoncé.
Pendant la totalité du parcours, une feuille d'effort log était remplie. Elle reprenait la position du bateau 30 minutes par 30 minutes ainsi que celle de tous les contacts intéressants réalisés.
Pendant le contact avec un rorqual, j'enregistrais sur cassette audio tous les comportements observés, les perturbateurs éventuels (bateau en approche, avion, ...) ainsi que des " top " correspondant au début de chaque souffle d'un animal.
Des clichés photographiques ont également été réalisés aux fins de photo-identification.
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Localisation des observations |
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| Toutes les observations ont été réalisées dans le bassin liguro-provençal, avec pour points terrestres extrêmes : au Nord et en France continentale, l'île de Porquerolles à l'Ouest et Nice à l'Est ; alors qu'au Sud, on trouvait, en Corse, Saint-Florent et Calvi respectivement comme limites Est et Ouest. |
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L'étude des souffles |
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De retour du stage, les cassettes ont fait l'objet d'une écoute intégrale. Tous les contacts jugés suffisants, c'est-à-dire comportant au minimum une série de souffles séparés par deux sondes, ont été chronométrés au 1/10ème de seconde. 278 temps ont pu être retenus.
Les souffles ont été individualisés et nous avons appelé "temps de souffle" le temps séparant deux souffles successifs. De la même façon, nous avons appelé "temps de sonde" le temps mesuré entre le dernier souffle observé avant la sonde et le premier souffle observé lors du retour en surface.
Les "sondes" sont différenciées des "souffles" par leur durée, supérieure à 40 secondes. Par manque de données concernant les sondes, nous n'avons pas tenté une différenciation entre les vraies sondes, plus longues, et des sondes brèves, difficiles à différencier de souffles espacés plus que d'habitude. De même, nous avons renoncé à tenter de corréler les durées des sondes et le nombre de souffles entre deux de celles-ci.
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Les résultats |
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Sur l'ensemble des souffles notés, voici les valeurs obtenues, arrondies au 1/10 seconde :
mode : 21,5 secondes
médiane : 18,3 secondes
moyenne : 21,3 secondes
écart type : 11,9 secondes
Au vu de ces valeurs (écart type particulièrement) et des graphiques 3 et graphique 4, on voit clairement que le nombre de données est encore insuffisant pour arriver à des valeurs réellement fiables et que la récolte d'informations doit continuer. Le fait de ne pas voir un souffle, malgré l'attention générale reste un facteur d'erreur non négligeable. Régulièrement, des baleines soufflent sans qu'aucun panache ne soit visible, surtout dans l'air chaud estival.
Lorsque des séquences complètes de souffles (graphique 1) sont disponibles, un patron de respiration identique est à chaque fois obtenu. Ainsi, le graphique 2 nous montre une évolution type du souffle du rorqual.
- lorsque l'animal sort de sonde, il hyperventile, ses souffles se succèdent de manière rapprochée ;
- après quelques respirations rapprochées, le cétacé espace graduellement ses souffles;
- lorsque la sonde suivante approche, les souffles s'accélèrent progressivement pour atteindre une fréquence proche ou supérieure à celle de sortie de sonde.
Des séquences comprenant 15 à 20 souffles successifs entre deux sondes sont normales. Sur le Saint-Laurent (Québec), les séquences semblent plus courtes (CH. WEBSTER & P.-H. FONTAINE, comm. orale). Il serait intéressant d'objectiver ces informations, de les corréler avec les temps de plongée, la profondeur de la nourriture disponible et les dérangements éventuels. |
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Comparaison rorqual / cachalot |
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Si nous reprenons nos observations du cachalot (graphique 5) et que nous comparons avec celles décrites ci-avant (graphique 2), il est possible d'observer un comportement respiratoire notablement différent chez les deux espèces considérées.
- Tout d'abord, la fréquence respiratoire est plus élevée chez le cachalot. Celui-ci respire en moyenne toutes les 12 secondes contre plus de 19 secondes pour le rorqual;
- Le cachalot montre une tendance à espacer ses souffles de manière constante (sauf l'ultime) entre sa venue en surface et son départ en sonde alors que la baleine accélère progressivement son rythme respiratoire avant la plongée;
- L'hyperventilation est commune aux deux espèces lors du retour en surface.
Les graphiques 6 et graphique 7 mettent en parallèle les comportements d'un rorqual et d'un cachalot observés de manière non simultanée mais successive au cours de la même journée (conditions météo et autres identiques).
On observe aisément que, si le rorqual effectue globalement trois séquences de surface alors que le cachalot n'en effectue qu'une, ce dernier reste nettement plus longtemps en surface.
Les comportements alimentaires des deux espèces (profondeur de plongée et manière de se nourrir) permettent aisément d'expliquer ces comportements. |
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Discussion |
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Pas plus que notre travail précédent sur le cachalot, ce texte n'est oeuvre terminée. Nous avons surtout souhaité publier des résultats en attente depuis trop longtemps et donner envie à d'autres de travailler dans la même optique, dans un esprit d'échange et de progression de la connaissance.
Si l'occasion nous en est donnée, nous souhaiterions faire un exercice semblable dans les eaux du Saint-Laurent (Québec) à des fins de comparaison.
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Remerciements |
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| Je remercie vivement tous les participants aux stages de La Baleine libre en Méditerranée. Par leur participation active, leur bonne humeur, leur collaboration bénévole, ils ont permis le bon déroulement de cette petite étude. |
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Bibliographie |
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ANGEL S. 2000. Les études du M.I.C.S. - Le Rorqual commun. Le Grand Souffle 4, 4 : 15-18.
BEAUBRUN P.C. 1995 : Atlas préliminaire de distribution des cétacés de Méditerranée. Musée océanographique. Monaco. 87 pages.
BOMPAR J. M. 2000 : Les Cétacés de Méditerranée. édisud. Aix-en-Provence. 188 pages.
CABARD P. & CHAUVET B. 1998. L'étymologie des noms de mammifères. éveil Nature, St Yrieux sur Charente : 140 pages.
CARWARDINE M. 1995. Baleines, Dauphins et Marsouins. Bordas, Paris : 256 pages.
DUGUY R. et ROBINEAU D. 1982. Guide des mammifères marins d'Europe. Delachaux et Niestlé, Neufchâtel : 200 pages.
DUMONT J. M. et MARION R. 1997. Cap sur les Baleines. Nathan, Paris : 128 pages.
EVANS P.G.H. 1987. The Natural History of Whales & Dolphins. Academic Press, London. 343 pages.
FONTAINE P.H. 1998. Les Baleines de l'Atlantique Nord - Biologie et écologie. MultiMondes, Ste-Foy (Québec) : 290 pages.
GIARD J. 1996. évaluation de l'impact des activités d'observation sur le comportement de plongée des Rorquals communs (Balaenoptera physalus) de l'estuaire du Saint-Laurent à l'aide de la télémétrie VHF. Mémoire pour l'obtention du grade de maître ès sciences. Université de Laval, Québec. 53 pages.
GREENPEACE. 1990. Dossier Cétacés. Revue Greenpeace, 2 : 4 - 30.
MOÏS J. 1996. Projet "Baleines 95". PROBIO Revue 19, 1-2 : 123-135.
MOÏS J. et WEBSTER Ch. 1997 "Baleines 97" : Une réussite au-delà de toutes nos espérances ! Le Grand Souffle 1, 3 : 6-7.
MOÏS J. et WEBSTER Ch. 1998 Le cachalot en Méditerranée - Premiers résultats. Le Grand Souffle 2, 1 : 3-11.
SIFAOUI B. 1998. Le livre des dauphins et des baleines. Albin Michel, Paris. 239 pages.
SYLVESTRE J.P. 1989. Baleines et Cachalots. Delachaux et Niestlé, Neufchâtel : 135 pages.
WANDREY R. 2000. Guide des mammifères marins du monde. Delachaux et Niestlé, Neufchâtel : 284 pages.
WEBSTER Ch.. 1997. Respiration et sonde. Le Grand Souffle 1, 3 : 2-4. |
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