J.P. SPRUMONT
Tadoussac, au coeur du Parc Marin du Saguenay, est considéré comme la capitale du tourisme baleinier au Québec. Mais il n'y a pas que cet endroit à visiter. Voici quelques constatations bonnes et mauvaises que nous avons pu faire dans la région au cours de deux visites.
TADOUSSAC
La première visite date du mois de mai 1999, au tout début de la saison baleinière, moment où les premiers cétacés reviennent dans le golfe du Saint-Laurent. J'y étais allé en voyage d'étude avec mes étudiants spécialisés en biologie et le détour par cette bourgade semblait s'imposer.
La visite du Centre d'Interprétation des Mammifères Marins est sans conteste un petit bijou. Agréable à visiter, bourré d'informations scientifiques, animé par un personnel aussi compétent que dévoué, il est vraiment à ne pas manquer. Nous y aurions bien passé deux bonnes heures si l'horaire serré de ce genre de voyage nous l'avait permis. Mais voilà, le bateau des croisières AML nous attendait à Baie-Sainte-Catherine pour tenter de voir quelques baleines de plus près. Evidemment, en ce début mai, la moisson fut maigre : un petit rorqual à l'horizon, et un commun d'un peu plus près. Ceci dit, les services de la compagnie furent tout à fait satisfaisants, tant sur le plan des commentaires dispensés par l'animatrice de bord que sur le respect des consignes de sécurité à appliquer lors de l'approche des animaux.
CAP BON DESIR
La seconde visite date de l'été 2000. Je suis retourné sur les lieux, sans étudiant cette fois, mais en compagnie d'un collègue et ami biologiste installé pour quelques années à Québec.
Arrivés à Tadoussac, nous nous sommes rapidement décidés à pousser notre excursion un peu plus loin, tant l'affluence était grande dans l'agglomération. Nous avons donc continué le trajet pendant une bonne trentaine de kilomètres pour rejoindre le Cap Bon Désir. Heureuse initiative !
Le centre d'interprétation de Cap Bon Désir
© J.P. SPRUMONT 01/08/2000
Tout d'abord, le site présente trois attraits. En premier lieu, il y a le phare autour duquel s'est organisé tout un centre d'interprétation expliquant le travail des gardiens de phares et le fonctionnement du matériel. Ensuite, c'est un site archéologique. Le lieu a été fréquenté par les autochtones depuis des milliers d'années et des fouilles sont en cours. Nous avons ainsi pu assister en direct au travail des archéologues. Enfin, c'est un point d'observation de la faune du golfe depuis la côte. A cet endroit en effet, à proximité du rivage, la profondeur atteint rapidement plus de 300 mètres. Les cétacés peuvent donc se rapprocher fortement de la terre ferme. Le lieu est modestement aménagé : un pavillon quelque peu surélevé abritant des panneaux d'informations sur la faune et la flore locales ; quelques gros rochers avec un sentier permettant d'y accéder ; un ou deux animateurs avec une valise bourrée de documents. C'est tout.
Mais quelle ambiance ! Ici, pas de gens pressés dont le seul désir est de prendre au plus vite un maximum de photos. Non, on s'assied, on scrute les flots, et on prend le temps d'attendre l'animal.
On regarde au loin les taches blanches de quelques bélugas en balade, on suit à la jumelle les cormorans qui vont et viennent, et puis il y a ces moments d'excitation quand un petit rorqual jaillit pour souffler à 50 mètres du rivage, qu'un phoque montre sa tête moustachue ou qu'un troupeau de marsouins passe à proximité. Et entre-temps on fait la causette.
C'est ce que nous fîmes aussi avec la charmante animatrice de service, étudiante en biologie, qui s'était trouvé là un fort agréable travail de vacances. Nous étions très hésitants après ces quasi trois heures passées au Cap Bon Désir à encore participer à une croisière d'observation. C'est elle qui nous décida : les touristes sont plus rares en fin de journée ; le krill ayant tendance à remonter, les baleines restent plus en surface ; et aux Grandes-Bergeronnes, c'est 20 % moins cher qu'à Tadoussac.
Petit rorqual au large de Cap Bon Désir
© J.P. SPRUMONT 01/08/2000
GRANDES BERGERONNES
Nous voici donc partis pour Bergeronnes - pas très aisé à trouver - pour participer à une croisière en zodiac "à la brunante". La compagnie "Essipit", gérée par des autochtones, nous équipe de pied en cap : vêtements isothermiques, "tuque" (bonnet) et gants. Et nous voici partis, une quinzaine de personnes, sur deux zodiacs.
Au début : rien à redire : au loin passe un béluga. Le capitaine de notre embarcation nous explique qu'il est interdit de s'en rapprocher en nous décrivant le statut de l'animal dans la région, ses problèmes, ce qui est fait pour le protéger,... Nous rejoignons de la sorte un petit rassemblement de quelques navires de tailles diverses pour admirer la baleine à bosse présente à ce moment dans la région. Ici aussi, nous avons droit à quelques anecdotes et autres explications. Mais l'heure avance, les diverses embarcations rejoignent l'une après l'autre le rivage et nous finissons par nous retrouver seuls sur les flots en compagnie d'un troupeau de sept rorquals communs. Et c'est là que les choses se gâtent : les zodiacs, en tout cas celui dans lequel nous avions pris place s'approchent dangereusement des animaux, et le nôtre finit même par foncer perpendiculairement sur le troupeau, passant carrément au-dessus d'un individu. Il n'y avait évidemment aucune embarcation en vue, surtout pas celle de "Parcs Canada", et le brume s'était levée...
CONCLUSIONS
Si vous allez dans le coin, ne manquez donc pas de prendre le temps de visiter le Centre d'Interprétation des Mammifères Marins et le Cap Bon Désir.
Quant aux croisières d'observations, je ne voudrais évidemment pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Ce n'est pas parce que le pilote du zodiac dans lequel nous avions pris place s'est comporté en "cow-boy" qu'ils sont tous du même acabit, ni que la compagnie qui l'emploie est à condamner sans appel. D'autres, parmi les lecteurs de La Baleine libre, ont peut-être vécu d'autres expériences et réagiront à mes propos dans un prochain numéro. Je ne peux toutefois m'empêcher de penser que l'utilisation de navires plus imposants présente bien des avantages : moins rapides, ils permettent plus facilement aux animaux de prendre de la distance ; plus visibles, ils sont moins enclins à enfreindre les règlements ; emportant davantage de passagers, ils permettent de limiter le nombre d'embarcations présentes sur le site.
Pour le reste, je ne peux m'empêcher de penser que toutes ces compagnies font payer bien cher un spectacle offert gratuitement par la nature, et qu'il serait sans doute préférable que ce soit un organisme officiel qui organise ces croisières avec un personnel bien formé et davantage soucieux du bien-être des animaux que des bénéfices de leur employeur. Mais c'est là un autre débat ...
Extrait du LGS volume 5, n°2
|