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DOSSIERS : TOURISME BALEINIER


  Le code éthique est mort : vive le code d'éthique

ParJean MOÏS (1)

Jean Moïs - Grand chasseur photographique de baleinesPréalable : Nous tenons à préciser que cet avis n’est basé que sur peu de sorties en mer et qu’il est totalement subjectif. Nous ne sommes en rien professionnels et nos moyens - en temps comme en argent - ne nous permettent pas des études approfondies sur le sujet. N’oublions donc pas de garder à cet article sa modeste valeur de témoignage vécu, tout simplement.

Ainsi que nos lecteurs assidus le savent déjà, un des objectifs de notre association est d’encourager, de favoriser, un tourisme baleinier aussi respectueux des animaux qu’il soit possible. Dans ce cadre, nous avons déjà décrit divers codes d’éthiques en vigueur, notamment sur le Saint-Laurent, au Québec, ainsi que donné nos avis sur des compagnies pratiquant l’observation commerciale des cétacés (whale watching).
En cet automne 2010, nous avons eu la chance de séjourner un long moment au Québec. Si nous avons pleinement profité de la saison pour vivre l’été des Indiens, nous avons également navigué sur le fleuve afin de voir comment évoluait le respect des animaux. Disons-le de suite, rien de bien réjouissant à l’horizon.

En ce qui concerne la pointe de la Gaspésie, la zone de Gaspé-Percé, nous n’avons pu effectuer qu’une seule sortie en mer, la météo trop venteuse ayant bloqué toute possibilité d’observation sécuritaire pendant plusieurs jours. La sortie, de reprise pour l’opérateur, fut pauvre en observation de cétacés, seuls de rares petits rorquals se laissant observer. Il nous est donc difficile de savoir si une éthique quelconque est observée pendant ces activités. De belles observations de phoques communs (Phoca vitulina), échoués sur une plage du parc national de Forillon, ont cependant clôturé agréablement la croisière, comme en atteste la photo ci-contre.
Ce qui nous a marqués lors de cette dernière activité, cependant, ce fut le changement de personnel. En effet, une capitaine menait le gros zodiac et une nouvelle jeune fille jouait le rôle de « scientifique de bord ». On notera, à ce niveau, une évolution très positive. Le bateau est mené dans le respect des participants, tant en ce qui concerne la vitesse de déplacement qu’en ce qui concerne l’abord des vagues, encore assez fortes. Tout s’est passé en douceur et avec talent…
Les informations fournies, difficiles à juger quant à leur opportunité, vu la pauvreté des rencontres, furent qualitativement bonnes et dépourvues d’erreurs, contrairement à ce que nous avions vécu précédemment.

Une très bonne amélioration de la compagnie « Croisières Baie de Gaspé », partant du quai de Grande-Grave, donc, mais rien de bien concret, malheureusement (2), à tirer au niveau du respect des animaux.
Ultérieurement, nous avons eu la possibilité de sortir en mer deux jours dans la zone Tadoussac-Bergeronnes, la zone la plus réputée au Québec (et dans le monde ?) pour son tourisme baleinier. Afin d’obtenir deux vues différentes de la situation, nous avons effectué une première sortie en zodiac et une seconde sur un gros navire.
La première escapade a été effectuée au départ des Bergeronnes, avec la compagnie Essipit, sur un zodiac de 12 places. Cette société n’a pas été choisie au hasard. En effet, lors de notre précédent passage dans la région, elle s’était fait remarquer par sa grande qualité.
Le temps était ensoleillé, mais le vent très fort nous a obligés à attendre le dernier moment pour avoir confirmation de la sortie. Ainsi qu’on peut le voir sur la photo de l’auteur, la compagnie fournit une veste isothermique et un pantalon imperméable, de même que gants et bonnet.


Nous commençons en allant à la rencontre d’un rorqual à bosse, tout proche de la côte, dans une zone non venteuse. Comme vous constatez sur la photo, les zodiacs ne respectent aucune distance minimale entre les animaux et eux, tout comme ils ne coupent pas leur moteur, allant même jusqu’à accompagner l’animal « à le toucher » dans son déplacement, ainsi qu’en atteste le sillage derrière le zodiac. Le code d’éthique en vigueur dit pourtant qu’une distance minimale de 100 mètres doit être respectée entre l’animal et le bateau « commercial », de même que le moteur doit être stationnaire si l’animal s’approche à une distance inférieure.

 

 

 

 

 


 Rorqual à bosse - Bergeronnes (Pce Québec)

En ce qui concerne les informations fournies, le skipper s’est limité à rester loin sous le strict minimum. Quelques vagues consignes de sécurité lors du départ et une identification laconique (parfois même absente) en cas d’observation. Une confusion entre petit rorqual et rorqual commun a même marqué ces phrases déjà rares.
Ensuite, après un départ brutal et non annoncé (ce qui est dangereux et irrespectueux pour les touristes embarqués), une cavalcade éperdue et saccadée sur une mer venteuse. Sans aucun respect des passagers, ignorant totalement un abord adéquat des vagues, le capitaine nous emmène au large, à proximité de rorquals communs (ci-contre). L’approche sera toujours aussi peu respectueuse des mammifères…
Je rentrerai riche de nouvelles photos, parfois prise de manière très rapprochée, mais choqué par le comportement des bateaux observés (tous faisaient de même) et trempé jusqu’aux os, même sous mes vêtements dits imperméables. Avec beaucoup d’humour, il faut bien le reconnaître, le site de la société Essipit nous dit, notamment, fournir un équipage digne de confiance et des guides expérimentés, généreux de leurs connaissances » (N.D.L.R. : encore faudrait-il qu’ils démontrent avoir des connaissances avant de les dispenser « généreusement !).

Le surlendemain de cette aventure, je me suis rendu à Tadoussac, pour y effectuer une croisière avec un bateau de la société québécoise AML, la plus importante compagnie de croisières et d'excursions au Canada.
Nous serons nombreux à embarquer sur le bateau d’une capacité de plusieurs centaines de personnes, des autobus vomissant leurs $ $ $ passagers $ $ $ en quantité, assurant ainsi une large rentabilité à l’activité.
Premier point extrêmement positif et signe du bien-fondé de la collaboration entre AML et le GREMM (3), nous serons bénéficiaires, tout au long de la sortie, d’informations scientifiques claires, parfaitement vulgarisées et dites à bon escient. Un vrai bonheur…
Après avoir fait un crochet par Baie-Sainte-Catherine pour embarquer d’autres dollars J, nous partons vers le large. Par ordre de rencontre et de taille croissante, nous aurons l’occasion de voir tout d’abord des bélugas. Ces gros « dauphins » dont la blancheur éclate sous le soleil sont en voie de disparition et font l’objet d’attentions particulières… sur papier. Une distance minimale de 400 mètres doit être respectée dans l’approche et une vitesse aussi basse que possible, compatible avec la sécurité du navire, doit être adoptée. Sans doute le capitaine avait-il une autre estimation des distances que nous, car il devait juger les animaux - pourtant fort proches - comme bien éloignés et ne justifiant aucun ralentissement. Ensuite, nous avons croisé les insaisissables petits rorquals. Surgissant d’un côté, disparaissant pour réapparaître là où on ne les attend pas. Finalement, le but réel de la croisière apparaît : des grands rorquals soufflent ! Nous côtoyons de trop près les animaux, comme d’autres bateaux de croisiéristes (4). Les rorquals communs vont même se trouver délibérément coincés entre deux bateaux qui les approchent au moteur (voir photos ci-dessous).

    

Vous avez dit « code d’éthique » ? Manifestement, on ne connaît pas, cet automne !
Les seuls buts recherchés sont faire plaisir aux touristes et surtout faire entrer des dollars et encore des dollars. Le reste, le client ne le remarque guère, surtout si les commentaires - par ailleurs d’un bon niveau - prennent bien soin de ne pas aborder ce sujet délicat. Et, soyons de bon compte, aucun opérateur baleinier n’est là pour relever le niveau et montrer l’exemple !
Terminons en précisant que, lors de l’inscription, une partie de croisière dans le fjord du Saguenay m’a été assurée, pour une durée d’une trentaine de minutes. Pas de fjord en vue, à l’exception de quelques minutes lors de la traversée entre les deux ports d’embarquement des touristes, à savoir Tadoussac et Baie-Sainte-Catherine. Mais l’important, pour une société totipotente comme AML, n’est-il pas d’embarquer un maximum de $ $ $ clients $ $ $ qui, de toute façon, ne viendront qu’une fois dans leur vie et oublieront vite qu’ils ont été (très partiellement) floués. « Balaenopteram et circenses », « des baleines et des jeux » pourrait-on dire, plagiant les romains (5).

Et pourtant, début juillet, la presse québécoise (6) se faisait l’écho de l’élaboration prochaine d’un nouveau code d’éthique par J… Croisières AML, le Parc marin du Saguenay-Saint-Laurent (créé en 1998) et le Groupe de recherche sur les mammifères marins (GREMM).
Un biologiste, Jean Lemire, est nommé consultant pour AML. Il demande, comme condition à sa participation, la création d’un fonds de soutien pour la recherche et l'éducation.
Avec beaucoup d’humour, après ce que j’ai vécu, le président d’AML, Éd. Hamel, dit, singulièrement, « Nous ne sommes pas des sauvages au large et on ne l'a jamais été. Les gens sont là pour gagner leur vie. Pourtant, tout ce qui se dit, tout ce qui se fait est négatif. Il nous fallait un contrepoids. Si M. Lemire marche avec nous…, c'est parce que le Saint-Laurent est un endroit où l'observation des baleines se fait le mieux dans le monde ». Président, certainement, mais participant objectif et anonyme à des croisières réalisées par sa société, pas sûr…

Conclusion :
Non, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, pourrait-on dire pour conclure cet article. Certes, ce que j’ai vécu est lamentable au niveau du comportement des croisiéristes, mais plaçons-nous plus en tant qu’aiguillon stimulant à une meilleure éthique que comme simple critique.
Comme trop souvent dans notre monde, de remarquables instruments existent, mais ils ne sont pas utilisés à plein. Plutôt que perdre du temps à créer maintenant un nouveau code, ne serait-il pas plus urgent de trouver une manière de faire respecter - si possible de manière volontaire - le code d’éthique existant. Lorsque ce premier résultat sera obtenu, alors sera arrivé le temps de construire patiemment un nouveau code plus complet, prenant en compte d’autres paramètres…

Sites d’intérêt :

(1) A contacter via le secrétariat. Toutes les photos illustrant cet articles sont © Jean Moïs.

(2) Nous insistons sur le fait que l’opérateur baleinier n’est pas responsable de ceci.

(3) Le Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins.

(4) Insistons sur le fait que pas un croisiériste ne se montre plus respectueux que l’autre, malheureusement.

(5)  « Panem et circenses » ou « du pain et des jeux » Juvénal, Satire X, vers 81.

(6) Notamment Cyberpresse, Baleines-en-direct et radio Canada.


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